Nullepart
Afin de mettre mon village en photos, j’avais enfourché mon vélo. Les merveilleux paysages étaient dissimulés dans et au-delà du bois qui l’entourait. Mais ces coins ne seraient toujours accessibles qu’aux aventuriers…
J’avais pris le chemin qui menait au Moulin Saillard mais arrivée à une croisée des chemins, j’avais choisie de suivre le chemin de terre entre les champs, qui descendait rudement vers un bois. Le parcours allait être plus long mais bordé de paysages plus beaux.
Ô Guerbigny, jamais je n’aurais pu croire que tu puisses receler de paysages aussi beaux que ceux que l’on voit en montagne. Mais n’es-tu pas à toi seul une montagne ?
Je ne connais pas de descente plus rude que celle entre les champs, à vélo on croirait presque que l’on va se retourner tant on est à la verticale !
La vitesse accélère, c’est la grande descente !!! Quel bonheur d’arriver en bas et de voir les enclos à chevaux qu’on n’aurait jamais pu imaginer être là…
Les chevaux qui s’abreuvent sous les noisetiers en fleurs…
Et j’arrivais à la rivière, celle qui rejoint le Moulin Saillard. On passe de l’autre côté en marchant sur deux poutres côte à côte. Il ne faut pas avoir le vertige ou plouf dans l’eau !
Deux chemins s’offrent alors à nous : le passage à travers la forêt, excellent à vélo ou le chemin de terre qui mène vers la sortie du village.
Le chemin dans la forêt n’a pas l’air praticable. Les tempêtes ont arraché des arbres, les forestiers les ont laissé à leur triste destin. Je pris donc l’autre chemin. Je ne sais plus où à quelle route goudronnée il menait mais je pensais que j’arriverai à me rediriger quand je sortirai de ce chemin de terre.
Mais au lieu d’arriver à la route goudronnée, j’arrivais sur un village. Une pancarte affichait « Nullepart »
Des maisons se tenaient côte à côte le long d’un chemin principal. Je regardais hébétée la pancarte car jamais je n’avais jamais pensé qu’un village existât aux frontières du mien et portant ce nom étrange. D’ailleurs, jamais je n’avais entendu parler du village de Nullepart aux abords de Guerbigny.
Un homme sortit d’une maison de bois et me demanda ce que je venais faire ici.
- Je suis de passage, avais-je répondu.
Je ne savais pas trop ce que je devais dire car j’étais arrivée ici sans le vouloir et sans le savoir. Il me déclara que la plupart des gens qui venait ici étaient également de passage.
Pour satisfaire ma curiosité, je l’interrogeais sur le village. Ma question devait sûrement être mal posée car il me répondit :
- Vous êtes au village de Nullepart.
- Mais où est-ce ?
- C’est ici, avait-il insisté avec une évidence étonnante.
Comme nous étions tous les deux dans l’incompréhension la plus totale, j’allumai mon appareil photo électronique qu’il pointait du doigt bizarrement comme si c’était une chose inconnue à ses yeux et je lui montrais les photos que j’avais faite de Guerbigny. Pas un seul des clichés ne lui rappelait le village auquel Nullepart jouxtait.
A vrai dire, je m’étonnais moi aussi de l’existence de Nullepart. Et si je m’en tenais à l’onomastie du village, Nullepart était bien nulle part et mon village, ailleurs !
Je discutais quelques minutes avec l’homme. Il m’apprit que Nullepart avait été fondée il y a longtemps par les gens perdus, ceux qui s’étaient trop aventurés dans les forêts et les bois et qui n’avaient jamais su trouver le chemin du retour. Ainsi, je me demandais si moi-même, je ne m’étais pas perdue !
La pensée de ne plus revoir mon village me terrifia. Je ne voulais pas rester à Nullepart pour l’éternité.
Je saluai l’homme et grimpai sur mon vélo. A peine quelques minutes passées, je sentis un léger soubresaut, je roulais de nouveau sur une route goudronnée, celle de mon village.
J’ai constitué un album de photos de mon village où sur la dernière page, tout le monde peut admirer la pancarte Nullepart. Mais la plupart qui ont refait mon chemin n’ont jamais trouvé ce village mystérieux aux confins des bois.
Moi-même en voulant y retourner pour me prouver que je n’avais pas rêvé, je ne parvins jamais à Nullepart.
Le village avait disparut.
Chris Angel - Caliope
Note : J'aime mon village et je souhaite lui rendre honneur. C'est un beau village avec une
histoire, récemment avec mon frère nous avons trouvé des ruines d'une chapelle (voir la catégorie photo) mais impossible de savoir quoique ce soit sur son histoire. Moi je veux lui rendre
hommage à ce village, il fait partie de moi. J'y ai grandi... J'ai fait de mon village le coeur du Royaume de Nullepart. Toutes les histoires s'y rapportant sont autobiographiques. Je n'aime
pas mêler ma vie à mes histoires mais ce seront les seules qui auront cet honneur. Elles et les histoires d'Ailleurs, d'Autrepart et de Quelquepart...
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