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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 11:33


Quel jour stressant est-ce aujourd’hui ?

 

Je m’en rappelle comme si c’était hier et pourtant cela fait cinq ans.

 

C’est étonnant comme une journée en particulier peut rester graver dans notre mémoire.

 

Le plus souvent, c’est un jour ou une époque traumatisante. Bien sûr, on se souvient aussi des jours heureux.

 

J’ai le souvenir que Sandra ait raconté un de ses oraux du bac.

 

Je me souviendrais toute ma vie de ses trois jours de folie du baccalauréat qui m’a coûté (mais que pouvais-je y faire ?) une grande amitié.

 

Les résultats tombaient un vendredi matin. Depuis quelques jours, je m’étais libérée du stress qui me rongeait l’existence. Mes amies me répétaient « tout est déjà joué, y penser n’y changera rien » mais le stress était revenu au grand galop ce matin là.

 

Dans quelques heures, j’allais savoir si oui ou non j’étais admise. L’année passé, j’étais allée au rattrapage et j’en avais gardé des souvenirs traumatisants. La professeure de lettres ne voulait pas me faire passer l’examen parce que soi-disant je ne ressemblais pas à la photo de ma carte d’identité ; le professeur d’histoire me posait des colles sur différents sujets qui n’avaient rien avoir des uns et des autres et enfin, la professeure d’anglais qui a dû prendre un malin plaisir à tester mes réactions fassent aux questions éclairs qu’elle me lançait.

 

Après m’être vêtue, je rejoignais la cuisine pour y prendre un petit déjeuner. En fait, je n’avais pas faim, une enclume pesait dans mon estomac. Ma mère était assise et songeait. Nous sommes restées là une demi-heure, à se demander si j’avais réussi ou non. Dehors, il pleuvait alors que tous les jours de la semaine, il avait fait beau : j’essayais de trouver un signe en toutes choses.

 

Finalement, nous prîmes le courage. Mon cœur se resserrait à mesure que je m’approchais des panneaux d’affichages. Je craignais de savoir mais d’un autre côté, j’en avais terriblement envie.

 

Et puis… J’ai vu mon nom. Dans le groupe 2. Rattrapage.

 

J’aurai pu me dire que tout était perdu, par rapport à mon échec de l’année passée. Mais ce n’était pas le cas, je pouvais encore gagner. La tension en allant récupérer ma feuille de notes était à son paroxysme. Tout allait dépendre des notes.

 

Je me souviendrais toujours du professeur qui m’a tendu la feuille. On ne s’aimait pas et je voyais qu’il avait l’air ravi que je ne sois pas admise. Pfff… Pour un professeur qui se prenait tous les honneurs, il n’a jamais été fichu d’obtenir son agrégation !

 

Avant même que je puisse regarder ma collante (nom de la feuille en question) ma professeure de philo, une dame extraordinaire, me la piqua ! Elle l’examina avec le directeur et dit que j’avais toutes mes chances. J’acquiesçai sans savoir. Puis se fut au professeur d’histoire de me la prendre et enfin, elle me revint. J’appris que j’avais eu un cinq en littérature et un sept en philo, il me manquait donc vingt-six points à rattraper. L’année passée il m’en manquait le triple. J’avais mes chances !

 

Je me rappelle encore de la professeure de philosophie me tenant par les épaules et me disant « vous avez toutes les clés en mains, vous en êtes capable, on ne veut plus vous revoir ici l’an prochain »

 

 

Les souvenirs ravivés, les larmes ont envie de couler.

 

Ma mère nous a ramenées à la maison. Moi, je ne pouvais pas décoller mes yeux de mes notes découvrant avec joie que j’avais eu dix-sept à mon oral d’anglais. Je calculai et recalculai, combien devais-je avoir de points au minimum en littérature et en philosophie ?

 

Les deux jours suivant, j’ai révisé comme jamais. J’oubliai ma faim et ma soif. J’agissais comme un automate. J’écrivais, je faisais des fiches qu’ensuite je récitai. Je bachotais sous le tilleul, au calme. Je me sentais confiante en appliquant un proverbe que j’aime beaucoup « Fais de ton point faible, ton point fort » C’est la clé de la réussite !

 

Ce rattrapage a été un véritable enfer psychologique. Cette année là, je m’étais faite une superbe amie que je baptiserai Ptite poulette. Qu’est-ce qu’on a pu rire ? D’ailleurs, c’est un des reproches qu’on m’a fait. J’aurai passé mon année à rire, à m’amuser. Ce qu’ils n’ont peut-être pas vu, c’est que mes notes ont pas mal augmentées dans les matières que je ne maîtrisais pas comme la philosophie, l’anglais et l’espagnol…

 

Ptite poulette allait aussi au rattrapage et ses parents ne pouvant pas l’emmener à Abbeville, à quatre-vingt kilomètres du lycée, nous l’emmenâmes avec nous. Je continuais à réviser dans la voiture. Elle, non. Elle avait baissé les bras avant même de commencer à se battre. Elle avait tous ses points à rattraper. J’avais été dans son cas l’an passé mais je m’étais battue.

 

Nous étions toutes les deux muettes et conscientes que l’un de nous deux avait de grandes chances de revenir victorieuse. Je voulais croire qu’elle y arriverait.

 

Le lycée était gigantesque. J’essayais de ne pas trop stresser. Je passais la première à l’oral de littérature. Je tombais sur le conte du Graal de Chrétiens de Troyes, je parlais à voix haute et claire, je défendais mon point de vue, mes idées, je me sentais confiante.

J’avais trop révisé pour passer à côté du bac. Je m’étais interdit de ne pas l’avoir.

 

Avec si peu de points à rattraper, si je ne l’avais pas eu, la honte !

 

La prof de littérature salua ma détermination quand elle essaya de me faire changer d’avis sur quelques points. Je ne me démontais pas. Il y avait eu plusieurs lectures du conte du graal.

 

Puis se fut autour de la philosophie. Tomberais-je sur Descartes ou Epictète ? Je connaissais les deux par cœur mais j’avais une préférence pour le premier, c’est pourquoi le professeur choisi le second.  Il me demanda d’expliquer quelques phrases et par chance, j’étais incollable. C’était mon point faible et j’en avais fait mon point fort. J’ai parfois exagéré dans mes propos, disant que si la société suivait les préceptes de ce philosophe, elle s’en tirerait parfois mieux.

 

Le visage du professeur était indéchiffrable mais je savais que je n’étais pas en train de me planter.

 

En remontant les couloirs jusqu’à mon groupe, nous étions une dizaine à attendre les résultats, je croisais quelques élèves et Petite poulette. Elle était recalée. Elle disait que ce n’était rien. Ça m’a fait beaucoup de peine. Elle m’avoua plus tard que c’était une perte de temps, elle avait eu trop de point à rattraper.

 

Je rejoignais ma mère, je stressais de nouveau. Nous n’attendions plus que les notes du professeur de philo pour que les résultats soient enfin affichés.

 

Il arriva tardivement. Alors que tous les autres groupes savaient déjà depuis quinze et dix-sept heures, nous ne sûmes que vers vingt-heures ! Le professeur arriva. Une copine aperçu sa feuille de notation. La dernière note était un treize, l’avant-dernière un quinze, ensuite un douze. Que des bonnes notes ! Je calculais quelle note je pouvais être, je n’avais pas été la dernière, c’était sûr.

 

On nous dit d’aller dans la cour du bas où les résultats allaient être dévoilés. Quel stress ! J’avais envie de pleurer. Chaque seconde qui passait me rapprochait un peu plus de la Vérité. Je discutais avec quelqu’un quand un surveillant vint afficher la feuille tant attendue. Je voyais Petite poulette me regarder. Il y avait tellement de monde que je ne voyais rien de la feuille. Puis ma mère s’est mise à déchiffrer mon nom.

 

Qu’est-ce que ça voulait dire ? Est-ce que j’étais reçue ? Si mon nom était sur la feuille, ça voulait dire que… Mes larmes coulèrent. J’ai pu enfin m’approcher du panneau. J’ai vu mon nom et je l’ai trouvé beau, illuminé, magnifique !! Et là, tout le stress a EXPLOSE en moi. Y avait des feux d’artifices dans mon corps, dans ma tête. Je tremblais. Je riais nerveusement. Je n’y croyais pas mais ma mère l’avait lu. Je pleurais de joie, croisant le regard triste de ma camarade qui ne l’avait pas eu. Je dansais sur place. Je ne voulais pas me montrer trop heureuse mais mes nerfs n’en pouvaient plus.

 

Jamais je ne pensais ressentir une telle émotion. C’état comme si une vague de bonheur extrême déferlait en moi, balayant toute traces de doute et de faiblesse.

 

Ma mère pleurait également, fière.

 

Le quinze fut pour moi et j’eus douze en lettres. Au total, je rattrapais cent cinq points. Si cela avait été possible, j’aurai donné mon surplus à Petite poulette.

 

J’ai appelé ma sœur pour lui dire, puis mon père qui ne me félicita pas. Il était vingt-heures et monsieur avait faim et comme monsieur ne pouvait être servi que par madame, il me disputa car j’accaparais ma mère pour des conneries. Tsss…

 

Mais ça n’entravait pas mon bonheur. J’avais remporté une victoire. Toutes les années passées où il m’avait dit que j’étais une perdante, que je n’arriverai jamais à rien, c’était faux. J’étais… Je suis une battante et quand il faut sortir les armes, je les sors et j’attaque.

 

J’avais prouvé à mon père que j’étais capable de réussir. Je n’oublierais jamais qu’en ratant mon bac la première fois, il s’était mis à me bouder pendant six mois. Pendant six mois, nous ne nous sommes pas parlé. Il ne m’a plus considéré comme membre de la famille. Pff…  Il ne me félicita jamais même si devant ses collègues, il eut toujours de dire « ma fille a eu son bac » 

 

Nous rentrâmes. J’exultais silencieusement dans la voiture. Petite poulette pleurait. Je savais qu’aucune de mes paroles ne la soulageraient. Je voulais qu’elle comprenne que le fait qu’elle ne l’ait pas, n’entraverait pas notre amitié. Mais un fossé s’était déjà creusé entre nous.

 

Nous n’avons plus jamais été amies à partir de ce moment. On s’est retrouvé plus tard sur un site communautaire mais le fossé est toujours présent.

 

Avoir le bac m’a apporté la liberté, une petite indépendance. Quand je regarde cinq ans en arrière, je sais que j’ai fait du chemin. Prochain diplôme, la licence. Puis peut-être le master, ou ce sera un diplôme de secrétariat. Cela peut toujours servir. Ou ce sera, une lettre qui me dira nous sommes les maisons d’édition Hiiiiiixxxx et nous voudrions publier votre roman… Ça ne fait pas de mal de rêver.

 

 

Je ne connais personne qui passe le bac néanmoins bravo à toi si tu es bachelier. Dans le cas contraire, bosse à fond et n'oublie pas "fais de ton point faible ton point fort" ça paie toujours et si tu redoubles, ne baisse pas la tête, c'est toujours bon de reculer pour mieux sauter.

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Published by Caliope - dans BAZAR & CIE
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commentaires

Régine 14/07/2010 09:14


Alors laisse toi aller et rêve ma belle!
bisous tout plein pour toi! manounie


Lina Carmen 07/07/2010 20:39


Bonsoir Caliope ! Alors là, si tu parles du conformisme, je risque de faire un autre long commentaire, car c'est un de mes sujets préférés ! je déteste le conformisme et m'y oppose constamment. Je
le revendique haut et fort et j'embête souvent mon entourage quand je ne veux pas faire telle chose, ou porter tel vêtement car je trouve que tout le monde le fait et sa m'énerve!!! J'aime les
différences, les couleurs, les originaux... Tout ce qui sort de l'ordinaire ! Et je me régale quand je rencontre quelqu'un d'original qui m'explique sa vision de la vie. Bon, j'arrête là, tu
m'auras comprise ! Faisons avant tout ce qui nous plait. Moi, j'ai un job à mi-temps, comme ça, j'ai beaucoup de temps libre pour des tas de choses plus intéressantes. Ce n'est ni les diplômes, ni
le métier que tu feras qui détermineront ta valeur.
Bisous Caliope !!!!


Caliope 08/07/2010 00:01



Lina, je t'adore ! Si on se rencontre un jour, je crois que le mot "pipelette" connaîtra sa vraie valeur car même si je suis aussi silencieuse que les pierres la plus part du temps, je peux me
montrer très bavarde sur tel ou tel sujet.


Bisous bonne nuit ;)



sandrasbz 07/07/2010 15:30


Bonjour,

C'est sûr, tous ceux qui ont vécu ça un jour s'y retrouvent ! Une période de stress intense qui laisse des souvenirs (ou des séquelles) pour le reste de la vie !
Gros bisous,

Sandra


Lina Carmen 06/07/2010 15:34


bonjour Caliope ! C'était vraiment bien ce récit vécu; ça m'a rappelté mon bac ! Je l'ai passé qu'une seule fois mais le stress était si important ! J'avais très peur pour l'histoire-géo car il y
avait beaucoup à apprendre et j'ai pas de mémoire. Alors, j'ai révisé comme une malade, si bien que le jour J, trou de mémoire ! Je ne savais plus rien, mon cerveau était vide J'ai eu 3 ! En philo,
je me débrouillais bien, je suis très forte pour baratiner, mais je n'ai eu que 7. Ce qui était une bonne note, surtout en littéraire. Mais voilà, si j'avais eu la moyenne en histoire-géo, je
l'aurais eu du premier coup ! J'ai donc passé le rattrappage. il me manquait peu de points, j'avais toute mes chances. Mais pour moi, c'était déjà un échec. J'ai pleuré tous les jours et j'ai rien
révisé. Arrivé le jour de l'oral, tu sais ce qui m'a sauvé ? Mon dossier ! J'ai toujours était une bonne faillote aussi. Du coup je savais rien, mais j'ai joué ma petite comédie en disant que
j'étais trop stressé et que je perdais les pédales (ce qui n'était pas tout à fait faux) et l'examinatrice en histoire-géo m'a dit de ne pas m'inquiéter, que j'étais une bonne élève et qu'elle me
mettrais les points qui me manquais ! Pourtant, j'avais pas toujours bien répondu à ses questions... Et en philo, ben, j'ai baratiné et ça marche toujours avec les philosophes (je parle facilement
en public en plus), il m'a mis une super note ! Du coup, je l'ai eu quand même ce fichu bac. Mais faut dire un truc, que je n'avais pas compris à l'époque, ce n'est pas le Bac qui va déterminer ta
valeur !Bon, je t'ai fait un roman encore. Désolé ! Tu as ranimé des souvenirs en moi....
Bisous !!!
Lina


Caliope 06/07/2010 18:05



Coucou, je crois que c'est le plus long com qu'on m'ait écrit mais ce n'est pas grave, j'adore les bavardages. Dis donc, j'en ai appris sur toi là. Alors tu es un poisson rouge ( lol, j'exagère
mais c'est mignon quand même) tu es une pro du baratin, à l'aise à l'oral, là je t'envie.


Ben tu sais, si mes parents ne m'avaient pas poussé à faire des études supérieures, j'aurai fait une filière professionnelle cosmétique ou médicale. Je suis sûre qu'aujourd'hui, j'aurais une
bonne situation. Là, je suis bloquée dans mes études, perdue...et ça m'énerve !!


Ce n'est pas parce que tu n'as pas le Bac que tu es un looser mais y en a plein qui pensent comme ça... Pourquoi faudrait qu'on soit tous les mêmes, qu'on sortent tous du même moule...le
conformisme... (oulà, je vais loin en employant un grand mot)



La suite, par ici :

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Ce blog a été une belle aventure de 6 ans. Pour diverses raisons liées à la plate-forme, je vous annonce que je ne publierai plus ici. Cependant, je n'ai pas le coeur à supprimer ce qui a été fait.  C'est pourquoi, il demeurera.

Vous pouvez me retrouver dans un nouveau blog que j'ai intitulé Mes petits bonheurs. A tout de suite !

 

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