Partager l'article ! Nouvelle : Jeux de fantômes 07: Un matin, en me réveillant, je sentis une bonne odeur de gâteau. Morshee ...

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Un matin, en me réveillant, je sentis une bonne odeur de gâteau.
Morsheebah sur mes talons, je descendis jusqu’à la cuisine pour découvrir deux belles tartes aux pommes que Carolina venait de sortir du four. Ce
n’était pas une grande spécialiste en matière de pâtisserie mais elle voulait montrer à notre voisine comment elle s’en sortait, grâce à ses précieux conseils.
- Ça sent super bon !
- Merci. Que dis-tu d’une part de tarte aux pommes en guise de petit déjeuner ?
Ainsi nous déjeunâmes. Morsheebah préféra son habituel bol de lait.
Quand nous eûmes terminées, Carolina me confia une mission : emporter chez les Dalloways la seconde tarte.
- Mais, protestais-je, Marjorie serait furieuse que j’entre dans sa maison ! Elle ne veut pas qu’on y entre.
- Je vais emballer la tarte dans un torchon et y glisser un mot. Tu n’auras qu’à la poser sur un rebord de fenêtre ou devant l’entrée. Tu taperas et
fileras à toute vitesse, ainsi, tu n’y entreras pas et si elle se met à râler en venant ici, je lui ferai connaître notre stratagème afin de ne pas pénétrer chez elle.
- A ton avis Carolina, qu’est-ce qu’elle cache de si précieux, chez elle ?
- Je ne sais pas, ma puce. Je ne sais même pas si j’ai envie de le savoir. Je n’ai pas envie d’avoir des problèmes. Ton père et moi avons eu une
discussion. Nous passerons l’hiver ici et ensuite, nous déciderons : rester ou déménager sur Narft Mount. Jusque là, il faut garder de bons contacts avec les seuls voisins que nous
ayons.
Je glissais la tarte entorchonée dans le porte bagage de mon vélo. Morsheebah miaulait après moi, comme s’il me disputait que je doive le
laisser là.
- Je n’ai pas de place pour t’emmener ! rouspétais-je à son adresse.
Je m’apprêtais à monter sur le vélo lorsque je décidai, de prendre mon fidèle compagnon et de le caler près de la tarte.
- Mais tu ne laisses pas de poils sur le torchon, d’accord ?
Et il s’arrêta de geindre. J’étais persuadée de communiquer avec mon chat !
Ainsi chargée, je me mettais en selle et donnais un bon coup de pédale. Je ne savais qu’approximativement où était la maison des Dalloways. D’abord,
on ne disait pas maison, on disait « mansion » parce que d’après Marjorie, c’était une grande bâtisse à étage, pas vraiment le style victorien des maisons du coin, un genre de petit château avec
des tourelles. Depuis ma chambre, je pouvais voir un genre de tourelle et j’imaginais que ça pouvait appartenir à la propriété des Dalloways.
C’était Harold qui l’avait fait construire. On ne l’aurait pas cru, mais il est architecte. Etait architecte. Maintenant, il sculptait, c’était sa
passion.
Je roulais sans savoir quel chemin de terre prendre, il fallait que j’aille à l’est, je finirais bien par tomber dessus à un moment où à un
autre.
J’aimais l’univers verdoyant dans lequel je me déplaçais, le parfum de l’herbe coupée, le gazouillis des oiseaux sauvages, le vent sur mon visage, je
me sentais libre.
Mon chat se laissait bercer par la route, de temps en temps, il tournait sa tête blanche et noir vers moi. Brusquement je débouchais sur le lac. Il
n’aimait pas le lac. Mon chat n’aimait pas du tout cet endroit, il se mit à cracher. J’eus très peur car jamais je ne l’avais vu dans cet état là. Je fis chemin arrière et il retrouva son calme.
Je me risquais à le caresser, il me regarda de nouveau et lécha mes doigts.
- Je ne sais pas ce qui t’as effrayé, Morsheebah. Oh, suis-je bête ? Tu as vu toute cette eau, tu as cru que Carolina m’avait envoyé te
noyer…
Je comprenais parfaitement son traumatisme ! Papa et Carolina lui lançaient de temps en temps de l’eau sur la figure. Ils devraient savoir que les
chats ne sont pas ami-ami avec l’eau.
- T’en fais pas, mon beau, je ne t’emmènerai plus au lac, promis.
Il miaula, une fois, ce qui voulait dire, d’accord, okay, je comprends ou encore, c’est bien.
Je mis un long moment à trouver la maison des Dalloways et je suis entièrement d’accord sur le fait que ce n’est pas une maison. Le commun des mortels
appelle cela un manoir. Waouh !
Une nouvelle fois, Morsheebah se mit à cracher. Et pourtant, je ne vis aucun plan d’eau à la ronde.
- On ne va pas rester longtemps, lui dis-je. Le temps de déposer la tarte quelque part et nous aurons déjà filé !
Plus j’observais la maison, pardon, le manoir et moins je l’appréciais.
Esthétiquement, c’était une œuvre d’art architecturale. Mais, en dehors de tout cela, quelque chose me mettait mal à l’aise. Je ne sais si cela venait
des fleurs pourries dans les balconnières ou du fait que l’herbe qui entourait la maison était brune. Les carreaux poussiéreux étaient cassés à l’étage ; le manoir aurait pu faire office de décor
pour un film d’horreur.
Les gazouillements d’oiseaux avaient disparu, le bruissement des feuilles des arbres s’étaient tu, ce silence ne me semblait pas normal.
Morsheebah quitta d’un bond le porte-bagage et se retrouva à terre. Le saligaud, il prenait la fuite ! Quelques secondes après, il était de retour et
opérait un va et vient vers le chemin de terre. Je compris qu’il voulait qu’on retourne à la maison.
Ce chat était exceptionnel !
- Carolina m’a envoyé en mission, Morsheebah, lui dis-je en lui montrant le paquet enveloppé d’un torchon.
Je descendis du vélo et débloquais la béquille pour qu’il tienne en équilibre. Puis je m’emparais de la tarte et allais la déposer sur le
perron.
Le manoir était étrangement calme, comme si la Nature retenait son souffle devant cette architecture. Mes pas, sur le bois, ne crissèrent pas, comme
si le son avait été absorbé par la maison.
Je me tournais vers Morsheebah, il était aux aguets, les sens en éveil, prêt à bondir. Il miaula deux fois, ce qui signifiait, reviens, ce n’est pas
bon, non. Mais il me restait une dernière chose afin d’accomplir ma mission : toquer à la porte.
- Je dois cogner, Morsheebah, murmurais-je, sinon la tarte pourrait bien rester des heures sur le perron et les efforts de Carolina seraient
vains.
Je ne sais pas qui j’essayais de convaincre, le chat ou moi. La maison des Dalloways me fichait la trouille, j’avais juste envie de déguerpir au plus
vite.
Pourtant, je cognai et m’apprêtai à sauter sur ma selle lorsque la porte d’entrée s’ouvrit !
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