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Bienvenue dans L'autre côté de  Moi-même, reflet de ma personnalité !

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On ne l’ouvrait pas ! Elle s’était ouverte toute seule, sur un couloir assez long et sombre, dont les murs gris étaient couverts de portraits de famille. Si Marjorie ou Harold s’étaient trouvés derrière, j’aurais frôlé la crise cardiaque.
Je sentis quelque chose à mes pieds, c’était Morsheebah qui m’avait rejoint.
- On s’en va, lui dis-je.
Je l’attrapais et faisais demi-tour quand un son harmonieux inonda le couloir et vint aguicher mes oreilles. Quelqu’un dans la maison jouait du piano !
Peut-être n’apprécia-t-il pas mon revirement d’orientation, je m’étais inconsciemment tournée vers l’entrée, ma boule de poil blanche et noir me planta pour la première fois ses griffes dans le bras. Je le lâchais brusquement et le foudroyais du regard.
- T’es dingue ! hurlais-je très bas pour ne pas me faire entendre du pianiste.
Mais je sus ensuite que Morsheebah  mourrait de peur, le panache de sa queue semblait électrisé !
La musique était belle et m’ensorcela, sinon, comment expliquer que mes pas aient inconsciemment franchi le seuil de la maison des Dalloways ? J’étais entrée, je ne sais comment et j’avais parcouru le couloir. Je n’avais pas pris la peine de regarder les photos de famille, une seule idée m’obsédait : apercevoir le pianiste.
Je ne pris conscience de mes actes qu’en me retrouvant sur le seuil de la pièce.
Morsheebah m’avait suivit mais il ne se fit pas remarquer.
La lumière était tamisée, cela venait du fait que les vitres étaient couvertes de poussière.
La pièce se trouvait être un grand salon. Sur la gauche, un vaste escalier devait mener aux chambres. Au centre, il y avait un piano à queue, noir et un pianiste que je ne distinguais pas, à cause des partitions qui se dressaient entre lui et moi.
La culpabilité m’envahit. Je ne devais pas me trouver là. Je n’avais rien à faire ici !
La mélodie se fit plus douce et mes pieds se hissèrent pour voir qui jouait.
A ma grande surprise, j’aperçu un jeune homme qui jouait les paupières closes.
Qui était-il ?
Il devait avoir quelques années de plus que moi, quinze, seize, peut-être même dix-sept ans. Il avait un visage rond, une barbe naissante, des cheveux courts et il jouait divinement bien.
Je ne me rendis pas compte que le morceau avait prit fin. Le garçon ouvrit les yeux et me découvrit, subitement. Sa bouche forma une syllabe mais il ne dit rien. Il me regardait l’observer et je me sentais mal de me trouver là !
Il referma le piano et vint à moi d’une façon à laquelle je ne m’étais pas attendue. Il se déplaçait dans un fauteuil roulant en très mauvais état.
- Etes-vous réelle ? demanda-t-il d’une voix fluette.
- O…oui, parvins-je à répondre - ma gorge était serrée par le stress de m’être fait surprendre.
- Dans ce cas, vous n’avez rien à faire ici ! ajouta-t-il sur un ton menaçant.
En croisant son regard sombre et froid, je su que je venais de commettre une belle erreur. Je saisis Morsheebah blotti contre mes pieds et filais droit vers la sortie.

   
- Attendez ! cria la voix du garçon.
J’entendis les roues de la chaise crisser contre le parquet en chêne mais j’agrippais déjà mon vélo et m’apprêtais à l’enfourcher.
- Qu’est-ce que c’est que cette chose, là ?
Je me retournais vers l’entrée. Le jeune homme désignait la tarte que j’avais malencontreusement culbutée en sortant à toute vitesse.
- Une tarte aux pommes que ma belle-mère a faite ce matin. Je n’avais pas l’intention d’entrer, je suis vraiment désolée.
- C’est gentils, ajouta-t-il.
Il regardait le plat et je devinais qu’il voulait s’en saisir mais il était bloqué dans son fauteuil. J’aurais pu lui mettre dans les mains mais j’avais trop peur de cette rencontre imprévue, de la bêtise que je venais de commettre.
- Je transmettrai ce présent à Marjorie, elle sera sans doute heureuse de ce geste.
J’acquiesçais et enfourchais mon vélo.
- Excuse de moi de t’avoir effrayé, dit-il soudain d’un air triste. Je t’avais pris pour une hallucination.
Ah oui ?
- C’est rien. Je suis étonnée de constater que je ne suis pas la seule ado à Cloverdale !
Une question me brûlait les lèvres mais je n’osais la poser. S’il avait nommé notre voisine par son prénom, celle-ci ne pouvait être sa mère. D’autant plus qu’elle avait déclaré ne pas avoir d’enfant !
Un rayon de soleil m’effleura et passa sur la maison. Le garçon se replia vers les abîmes de la maison comme s’il craignait d’être touché par la caresse lumineuse.
- Oui, il y a peu de jeunes gens dans ce village et dans mon état…
Il ne termina jamais sa phrase mais désigna ses deux jambes, recouvertes d’un plaid vert.
Nous demeurâmes une minute dans le silence, à nous observer. Puis son regard alla sur Morsheeba qui s’était installé dans le porte bagage avant de mon vélo.
Il fit remarquer que Marjorie avait horreur des chats.
- Je m’en étais rendu compte, affirmais-je. Mais Morsheeba a tenu à me suivre.
- Il mène son rôle de gardien à cœur, déclara-t-il. Avec lui à ses côtés, elles n’oseront pas t’importuner. Jamais !
- Elles … ?
Un vent glacial venu de je ne sais où nous balaya un instant et s’engouffra dans la maison. Ma boule de poil se mit à grogner.
- Tu ferais mieux de partir, dit le garçon.
Maintenant, il paraissait soucieux.
- Oui, pardon encore de t’avoir dérangé, ajoutais-je avant de m’en aller.

Je quittais le manoir des Dalloways assez rapidement en priant pour que Marjorie ne soit pas trop en colère concernant mon impudence. Craignait-elle qu’on se moque du garçon handicapé qui logeait chez elle ? C’était mal connaître l’esprit de la famille Damery !

 

 

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Par Calie
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