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Bienvenue dans L'autre côté de  Moi-même, reflet de ma personnalité !

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Quand je rentrais, Caroline fut fière de me montrer la finition d’une ceinture de cuir mauve qu’elle travaillait depuis de nombreuses après-midi. Elle était si bien que je ne me sentis pas le courage de lui dire que j’étais entrée dans le manoir interdit. Mais quelques heures plus tard, à l’heure du déjeuner, alors qu’elle babillait au sujet des plats de Marjorie, je me mis à culpabiliser.
Je ne mentais jamais. Presque jamais. Dans mon ancienne vie, mes amies et moi prétextions faire des soirées pyjama chez l’une afin de sortir à la dérobée dans des clubs dont nous n’avions pas encore l’âge. Et je n’avais jamais autant culpabiliser qu’en ce jour.
Les Dalloways étaient les seules personnes qui nous parlaient au village, Marjorie, la seule amie de Carolina. Je me sentais coupable d’avoir enfreint la seule chose qu’elle nous avait défendue : entrer dans sa maison.
Ma belle-mère comprit à mon silence que quelque chose n’allait pas.
- J’ai commis une bourde, tout à l’heure, avouai-je, le regard fuyant.
- Comment ça ? demanda-t-elle d’un ton suspect, comme si elle devinait ce qui avait pu se produire.
- La tarte, je l’ai déposé devant la porte de Marjorie et quand j’ai frappé, la porte s’est ouverte.
- Oh. Hum… Qu’est-ce que tu as vu ?
Je m’attendais à ce qu’elle me dispute. Elle se contenta de mener son enquête. Je lui répondis et ajoutai :
- Je suis entrée !
- Harold ou Marjorie t’ont-ils vu ?
- Non.
- Alors, nous sommes saufs !
- Mais j’ai rencontré un garçon. Il jouait du piano, en fauteuil roulant. Nous avons parlés et je suis partie.
Carolina inspira calmement et me dit de ne pas m’inquiéter. Je levai un sourcil, surprise. Peut-être aurait-elle agit de la même manière que moi ! Papa, elle et moi étions tous trois curieux de ce que pouvait contenir la maison pour que nos chers voisins nous défendent d’y entrer.
- Il n’y a pas mort d’homme, tu n’as rien fais de mal, rien cassé, rien volé, inféra Carolina. Nous saurons bien assez tôt si le garçon a tenu sa langue. Si Marjorie vient, tu lui feras des excuses et j’ajouterai que je t’ai privé de sortie.
- Tu penses que ça suffira ? Je suis vraiment désolée, tu sais.
- Eh bien, nous verrons. Je trouverai dommage qu’elle coupe les ponts pour ce petit incident.
Nous passâmes une majeure partie de l’après-midi à parler des Dalloways, puis je pris congé dans mon atelier où dormait Morsheebah.
Je peignis jusqu’à dix-sept heures et comme mes pensées étaient tournées vers ma rencontre avec le garçon en fauteuil, tous les individus que je dessinais prenaient son visage.
Dans ma mémoire se répétait la brève discussion que nous avions eue. J’essayais d’analyser ses propos, de leur trouver du sens. Il m’avait d’abord prise pour une hallucination. Etait-ce la faute d’un quelconque traitement pour soigner ses jambes paralysées ou souffrait-il de schizophrénie ?
Ensuite, dire que mon chat assurait bien son rôle de gardien m’avait paru étrange. Il est vrai que Morsheebah était toujours avec moi, même lorsque Carolina ou mon père étaient dans les parages, un verre d’eau dans les mains. Mais ce n’était pas dans ce sens que le mot avait été employé, car il avait ajouté que sa présence me protégeait d’elles… J’ignorais qui « elles » pouvaient être, je n’avais rencontré aucune fille au village, à part Marjorie et madame Valandier, ce qui à mon avis ne devait pas compter.
Mon Morsheebah… Il dormait sur le dos, la patte supérieure droite couvrant sa tête. Ce qu’il était mignon.
Des toquades brusques achevèrent sa sieste. Il se réveilla en sursaut et vint réclamer des caresses. Je le pris dans mes bras et descendis quelques marches de l’escalier.
Carolina passa dans l’entrée et passa un doigt sur ses lèvres à mon attention. Derrière la porte, Marjorie Dalloways hurlait qu’on lui ouvre.

Notre voisine tenait entre ses mains la tarte aux pommes que j’avais déposé au matin ; celle-ci était bosselée – j’avais oublié de mentionner à ma belle-mère que j’avais dû marcher dessus en prenant mes jambes à mon cou.
- On entre chez moi comme dans un moulin ? demanda Marjorie d’un ton impérieux.
- Ce n’était pas dans son intention d’entrer, expliqua ma belle-mère. C’est de ma faute. Nous nous excusons pour cette violation de domicile… Ça ne se reproduira plus.
Je ne sais quel visage Carolina afficha mais Marjorie, attendrie, cessa de crier.
Elle entra dans la maison et s’assit à la table de la cuisine.
J’entendis des pas familier se diriger vers l’escalier.
- Janyce ? Je lève ta punition, tu peux sortir de ta chambre !
Je ris doucement. Je n’étais pas punie ; c’était un stratagème pour apaiser la colère de notre voisine.
Je déposais Morsheebah sur le palier, il s’étala de tout son long au bord des marches et planta son regard gris dans le mien. Séduite, je gratouillais son menton et il se mit à ronronner. Je serai bien rester là mais il fallait que j’aille m’excuser.
- Reste là mon gros, soufflais-je, parce que Marjorie, elle ne t’aime pas.

Je descendis l’escalier avec mollesse, retardant l’instant I, la confrontation avec notre voisine. Je l’aperçus de dos, Carolina versait de l’eau bouillante dans une tasse posée près d’elle.  Dès qu’elle me vit, elle ne me laissa pas le temps de m’excuser.
- Je n’aime pas qu’on rentre chez moi sans ma permission, comme dans un moulin ! Après on jacasse, les ragots font le tour du village et tout me revient  en pleine figure !
- Je vous demande pardon (si ma belle-mère la tutoyait, ce n’était pas mon cas) sincèrement et il n’y à rien raconter sur votre maison.
- On se fiche du qu’en dira-t-on dans notre famille, répliqua Carolina. Et on ne repend pas de rumeur, ce n’est pas dans notre habitude. 
- Oui, affirma Marjorie. Depuis le temps que nous nous connaissons, je devrais savoir que vous êtes des gens biens, des gens neufs, pas comme tous ces vieux toqués qui colportent des bruits pour chasser l’ennui.
- Un peu de lait dans votre thé ? Un morceau de sucre ?
- Merci.
Je pris place autour de la table et fus servie de thé, moi aussi.
- Notre maison est dans un triste état, dit Marjorie avec amertume, les yeux rivés sur sa tasse de thé. Harold a perdu l’inspiration il y a longtemps et la mousse et le lichen ont fini par nous envahir.
- C’est pour cette raison que vous ne nous avez jamais invités ? interrogea Carolina.
- Il y a une autre raison, mon fils Lionel. Une fièvre a condamné ses jambes. Aujourd’hui encore, il souffre de cette fièvre, il délire, ne supporte plus la lumière du jour, nous impose d’étranges ménagements…
- Oh Marjorie !
Carolina compatissait.
- Ça doit être dur, mais Harold et toi n’êtes pas seuls. Nous sommes là, nous pouvons comprendre, nous pouvons vous soutenir.
- Merci, dit Marjorie chaleureusement. Vous êtes de vrais amis. Et si j’organisais un repas ? Ainsi si nous ferions vraiment connaissance.
- C’est une très bonne idée !
Je me faisais discrète pendant cet échange mais j’étais heureuse que la situation décadente du matin, se résolve de cette manière.
Marjorie expliqua encore qu’elle n’aimait pas parler « enfant » car cela lui rappelait la situation de son fils. Aucun médicament connu à ce jour n’avait chassé sa fièvre quasi permanente, tous les traitements qu’ils avaient essayé pour lui faire retrouver l’autonomie de ses jambes avaient échoué, par-dessus tout, venaient s’ajouter les effets secondaires de la médication : vertige, somnolence, hallucination, aphasie…
Voilà pourquoi il m’avait prise pour une hallucination ! Quand à prendre Morsheebah pour un gardien, c’était sans doute un délire qu’il s’était fait, tout s’expliquait !
Papa nous trouva attablée dans la cuisine devant nos tasses à thé vides. Je lui cédai ma place après lui avoir résumé grossièrement la journée et remontais à l’étage.
Un peu plus tard, Marjorie prit congé. Je l’entendis dire :
- Il faut que je rentre préparer le dîner. Merci pour le thé et pour votre gentillesse. Demain j’envoie Harold à Narft Mount en course et après demain soir, vous viendrez manger à la maison. D’accord ?
Papa et Carolina acceptèrent. Ils se saluèrent et elle quitta notre maison.
Mon père souffla :
- Eh bien, on ne s’en tire pas si mal !
- Même plutôt bien, renchérit Carolina.

Je croisai le regard de mon adorable félin et lui demandai :
- Plutôt bien, n’est-ce pas ?
Un miaulement, suivit d’un second.
Mon regard biaisa.
- Tu te moques de moi, hein ?
De nouveau un miaulement, suivit d’un blanc.
En clair ça signifiait que le repas n’était pas une bonne idée mais qu’il ne plaisantait pas avec moi.
Il me vint à l’esprit de poser la question :
- Morsheebah, est-ce que tu comprends ce que je dis ?
Un silence s’interposa entre nous. A quoi est-ce que je m’attendais ? A un miaulement, bien sûr ! Je me sentis stupide. Comment est-ce qu’un chat pouvait comprendre le langage humain ? Pourtant, j’avais pu observer ces dernières semaines une sorte de langage codé entre nous ; un miaulement pour du positif, deux pour du négatif.
Je me remis à la peinture et la journée s’acheva ainsi.

 

 

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Je suis longue à l'écriture ces temps ci et je m'en excuse. Je vais faire un effort et finir tout ce que je commence pour cette année 2012. Voilà une belle résolution, n'est-ce pas ? Encore faut-il la tenir ! Au moins y songer !

 

Pour ceux qui le demandaient, en page A4, ce morceau clos le chapitre 5 et affiche 16 pages.

Par Calie - Communauté : Autres Mondes...
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